Rechercher dans ce blog

Affichage des articles dont le libellé est surréalisme. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est surréalisme. Afficher tous les articles

Introduction

Le rêve est depuis longtemps une source d'inspiration privilégiée pour les artistes. Tous en ont fait un usage différent. Le sens premier du rêve selon le Larousse est ''la production chimique survenant pendant le sommeil et pouvant être partiellement mémorisée''. Le rêve n’est pas un phénomène magique et les images qui nous apparaissent lors de notre sommeil ne sont pas le fruit du hasard. Lorsqu'il se produit à l'état de veille, c'est une construction de l'imagination qui cherche à échapper au réel : on parle alors de rêverie. L’intérêt de confronter les notions de rêve dans le surréalisme et le romantisme, que cent ans séparent, réside en leurs caractéristiques à la fois proches et si différentes. On peut approcher le romantisme et le surréalisme par l'incompréhension du public de leur époque vis à vis de leur art. Par delà les différences entre les deux mouvements, quelle conception du rêve se font les artistes romantiques et surréalistes ?
Nous verrons dans un premier temps la vision romantique du rêve, puis l'étape de passage de la Belle Epoque avec Freud et les Symbolistes et finalement la vision surréaliste du rêve.

Le surréalisme


Le Surréalisme est un courant artistique et littéraire né au milieu des années 1920 dans la continuité du mouvement Dada. Le dadaïsme naît pendant la Première Guerre mondiale à Zurich. C’est un mouvement intellectuel et artistique affirmant son dégoût de la boucherie que fût la guerre 14-18. L’art s’avère un moyen de provoquer la société. En effet, les dadaïstes et leur chef de file, l'écrivain Tristan Tzara, remettent en cause toutes les contraintes et conventions idéologiques, artistiques et politiques existantes. ls rejettent l'idée de chef d'œuvre et remettent en cause la notion de talent. Des auteurs français ayant lu le Manifeste Dada comme André Breton, Louis Aragon ou Philippe Soupault rejoignent Tzara. Petit à petit, le dadaïsme se désagrège, pour Breton "Dada tourne rond". Deux clans se forment alors : les disciples de Tzara aux idées destructrices et refusant toutes notions d'art positifs voire même d'art, et ceux de Breton voulant instaurer le règne de l’esprit nouveau en explorant avec méthode le domaine de l’inconscient. Ce dernier annonce, dans son Manifeste surréaliste de 1924, l’émergence du Surréalisme, définit ainsi : «SURRÉALISME, n. m. Automatisme psychique pur par lequel on se propose d’exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l’absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale.» Le terme « surréalisme » apparaît pour la première fois dans une lettre de Guillaume Apollinaire à Paul Dermé en 1917: «Tout bien examiné, je crois en effet qu’il vaut mieux adopter surréalisme que surnaturalisme que j’avais d’abord employé. Surréalisme n’existe pas encore dans les dictionnaires, et il sera plus commode à manier que surnaturalisme déjà employé par MM. les Philosophes. »

Le Surréalisme vise à bouleverser le réel et du même coup l’écriture, en particulier la poésie qui voit l'apparition du poème-image (poème composé d'une suite d'images, souvent série de métaphores), de l'écriture automatique (texte écrit si rapidement que la raison n'a pas le temps d’exercer son contrôle sur le poème), du poème à plusieurs mains voire du cadavre exquis inventé par Jaques Prévert (« jeu qui consiste à faire composer une phrase, ou un dessin, par plusieurs personnes sans qu'aucune d'elles ne puisse tenir compte de la collaboration ou des collaborations précédentes.» selon le Dictionnaire abrégé du surréalisme). Ces procédés sont adaptés aux arts plastiques avec apparitions de nouvelles méthodes telles que le collage, le frottage, le fumage, le grattage, la décalcomanie et le cadavre exquis graphique. La sculpture est faite d'objets empruntant au ready-made de Marcel Duchamps  («objet usuel promu à la dignité d’objet d’art par le simple choix de l’artiste.» selon le Dictionnaire abrégé du surréalisme), 
Alberto Giacometti innove avec des figures androïdes longilignes et oeuvres abstraites tandis que l'Américain Alexander Calder invente le mobile (sculpture faite de forme pouvant se mouvoir sous l'impulsion d l'air ou d'un mécanisme). Le photographe Man Ray innove avec ses rayographies (photographies réalisées non avec l'aide d'appareils, mais en plaçant des objets sur une plaque sensible que l’on expose à la lumière) tandis que le cinéma de Luis Buñuel échappe à la logique par un cadre spacio-temporel vague et des images absurdes ou abstraites. Les expositions surréalistes sont l'occasion de franchir les limites de l'oeuvre simple en réalisant performances et installations. Le Surréalisme est -excepté le domaine musical- une expérience artistique totale : peinture, poésie, photographie...

Cette révolution de la forme s'accompagne d'un fond caractéristique. Le cœur du Surréalisme est l'inconscient et ses multiples apparences (folie, rêve, hallucinations...) : «il s'agit, non plus essentiellement de produire des œuvres d'art, mais d'éclairer la partie non révélée et pourtant révélable de notre être où toute beauté, tout amour, toute vertu, que nous nous connaissons à peine, luit d'une manière intense» (André Breton, Second Manifeste du Surréalisme). L'inconscient est rejoint par l'amour comme valeur absolue, la femme et le sexe sont sacralisés, car donnant la possibilité de connaître le monde. Enfin, le Surréalisme promeut la liberté de l'homme, de son esprit et de son potentiel poétique. C'est une révolution qui se lève contre les tabous et traditions de son époque. Comme pour le Romantisme, le rejet de la suprématie de la logique et de la raison ainsi que des conventions et valeurs -en particulier artistiques- a pour but de retrouver une unité perdue, de libérer l'homme et l'esprit.

Peu à peu le groupe se désagrège : quand ils ne sont pas exclus par André Breton (Salvador Dali en 1939, Victor Brauner en 1948 ou Max Ernst en 1954) ou qu'ils ne se soulève contre lui (signataires du pamphlet Un Cadavre de 1930 dont Robert Desnos, Jacques Prévert, Raymond Queneau) , nombre de membres s'éloignent progressivement (René Magritte, René Char) puis la guerre sépare ceux qui restent fidèles à Breton. Ses seuls disciples présents des débuts du groupe à la fin sont Benjamin Peret et Yves Tanguy. Trois ans après la mort de Breton, en 1969, le surréalisme voit sa dissolution. Pour Julien Gracq et André Pierre de Madiargues, Breton est la synthèse de tout ce qui comptait dans le surréalisme: « la puissance déflagrante de l'onirisme et de l'image ». 
Cependant il ne faut pas confondre fin du groupe surréaliste et fin du surréalisme : certains artistes ayant collaboré au mouvement ont continué après 1970 à réaliser des œuvres pouvant être qualifiée de surréalistes qu'ils aient rompu avec Breton (Buñuel, Dalì, Masson, Prévert, Magritte...) ou qu'ils n'aient jamais participé officiellement mais -ayant fréquenté les surréalistes- leurs créations sont "dans la mouvance surréaliste" (Mirò, Delvaux, Giacometti ou Man Ray qui n’adhéreront jamais au groupe malgré leur proximité , Duchamp, Tzara, De Chirico ou Picasso dont seul une partie de l'oeuvre peut être qualifiée de Surréaliste)
Au rendez-vous des amis, Max Ernst (1922)


Le surréalisme et le rêve

"J'ai tant rêvé de toi qu'il n'est plus temps Sans doute que je m'éveille. Je dors debout, le corps exposé A toutes les apparences de la vie" (Robert Desnos, Corps et biens, "J'ai tant rêvé de toi", 1930)

Pour l'écrivain André Breton, théoricien du surréalisme qui fabrique des objets qu'il a rêvés, le surréalisme repose sur « la croyance à la réalité supérieure de certaines formes d'associations négligées jusqu'à lui, à la toute-puissance du rêve, au jeu désintéressé de la pensée. ». Il oppose à l'ordre et aux conventions un esprit de libération et développe la puissance créatrice issue du rêve, du désir et de l'instinct. Ce mouvement artistique est envisagé par ses fondateurs non comme une école artistiques, mais comme un moyen d’explorer plus avant les domaines de l'inconscient, du rêve, de la folie, ou encore des états hallucinatoires. Le but est d'approcher une autre réalité grâce à l'inconscient, mais surtout de libérer la conscience de ses limites conventionnelles.


Venus endormie, Paul Delvaux (1944)



Freud et le surréalisme

Avec la naissance de nouvelles manières de penser à partir des découvertes scientifiques, philosophiques et psychologiques d'Heisenberg ou Freud, une nouvelle conception du monde était imaginée : un monde ou l'inconscient serait souverain. Dès 1916 André Breton, ancien étudiant en psychiatrie, découvre Freud et ce révèle très réceptifs aux thèses freudiennes, fasciné par l'état de sommeil et de rêve qui libère l'inconscient permettant alors la création. Le rêve permet la connaissance suprême, c'est un univers d'images, de souvenirs refoulés sans logique. Ici, le rêve est l'une des activités les plus révélatrices de l'esprit. Parfois, dans la continuité de leurs théories s'inspirant de Freud, les surréalistes se penchent sur  les incohérences et bizarreries des rêves des malades mentaux. Néanmoins, un profond malentendu se crée entre Freud et les surréalistes. Le scientifique écrit dans une lettre que, pour lui, les surréalistes sont en réalité des fous. En effet, pour lui médecin, les productions des surréalistes mettent en avant la folie et non la psychanalyse, il n'adhère donc pas aux extravagances et provocations de ces artistes. De plus, le psychanalyste reproche à Breton et ses amis de vouloir intarissablement dompter l'inconscient en utilisant le rêve alors qu'il le qualifie d'insaisissable par essence. Pour lui, L'attitude de Freud va alors susciter l'ambivalence des surréalistes. Il écrira le 26 décembre 1932 à Breton dans l'une de ses lettres : « Bien que je reçoive tant de témoignages de l'intérêt que vous et vos amis portez à mes recherches, moi-même je ne suis  pas en état de me rendre clair ce qu'est et ce que veut le surréalisme. Peut-être ne suis-je en rien fait pour le comprendre, moi qui suis si éloigné de l'art.» Nous remarquons alors que la démarche des surréalistes s'apparente à une démarche scientifique puisqu'ils mènent des expériences afin d'accéder à l'inconscient : Breton et Soupault Les Champs magnétiques la première œuvre surréaliste est présentée comme une expérience. Après cet essai, de nombreux autres artistes - en particulier, en 1924 le poète Aragon dans Une Vague de Rêves  retrace le parcours du surréaliste - ont suivi leur exemple et se livrent avec passion à ces mêmes expériences.


Portraits de Freud, Salvador Dali (1938)

 Premières expériences littéraires

 En 1919, le surréalisme n’existe pas encore officiellement.  Cependant, Breton et Soupault écrivent ensemble Les Champs magnétiques. L’écriture automatique qu’ils expérimentent est un point de départ, une méthode qui donne naissance à des images plutôt qu’à des énoncés logiques. C’est une  parole poétique et libre qui met en lumière la part inconsciente sans laquelle l’homme ne peut être entier : « Trace odeur de soufre / Marais des salubrités publiques / Rouge des lèvres criminelles / Marche deux temps saumure / Caprice des Singes / Horloge couleur du jour »Le texte est écrit sous la dictée de la pensée, sans contrôle exercé par la raison, et sans préoccupation de valeurs esthétiques et morales. C'est donc une libération de l'esprit en supprimant les barrières posées par l'éducation. Les lois grammaticales n'ont aussi aucune importance.


Manuscrit des Champs magnétiques, André Breton et Philippe Soupault (1919)

En mars 1922 paraît un nouveau numéro de Littérature - revue crée en 1919 par Breton, Soupault et Aragon. Il comprend « Trois récits de rêves » de Breton et un article intitulé « Entretien avec le professeur Freud à Vienne ». Même si Breton ne put s’entretenir réellement avec Freud, ces deux publications montrent son intérêt pour la psychanalyse et l’expression de l’inconscient dans l’art.
Aux textes automatiques et discours parlé sous l'état de rêve viennent s'ajouter les récits de rêves : rêves nocturnes, rêves diurnes, immédiatement exprimés. Desnos par exemple, qui n'a nullement besoin de dormir pour rêver, et, qui reproduit sous un pseudonyme des phrases parlées à l'état de sommeil. Pour les surréalistes, les poètes sont les guides de l'humanité vers un idéal. Les textes du poète Robert Desnos portent les marques des nombreuses expérimentations mis en œuvre par Breton auxquelles il était assidu. En effet, très actif, il avait une grande faculté de création onirique et notait sous l'état d'hypnose, en écriture automatique ses rêves.




Je ne vois pas la femme cachée dans cette forêt, René Magritte et photomatons des surréalistes (ddans le sens des aiguilles d'une montre en partant dun coin supérieur gauche) : Maxime Alexandre, Louis Aragon, André Breton, Luis Bunuel, Jean Caupenne, Paul Éluard, Marcel Fourrier, René Magritte, Albert Valentin, André Thirion, Yves Tanguy, Georges Sadoul, Paul Nougé, Camille Goemans, Max Ernst, Salvador Dalì (1929)

Plus tard, Breton se souvint de son premier rêve secret : « C’est en 1919 que mon attention se fixa sur les phrases plus ou moins partielles qui, en pleine solitude, à l’approche du sommeil, deviennent perceptibles pour l’esprit sans qu’il soit possible de leur découvrir une détermination préalable. Un soir, en particulier, avant de m’endormir, je perçus nettement articulée, […] une assez bizarre phrase qui me parvenait sans porter trace des événements auxquels, de l’aveu de ma conscience, je me trouvais mêlé à cet instant-là, phrase qui me parut insistante, phrase, oserais-je dire, qui cognait à la vitre. […] c’était quelque chose comme : il y a un homme coupé en deux par la fenêtre… »
Le Surréalisme naît officiellement avec la parution du Manifeste de 1924 rédigé par Breton seul.
Pour lui, il faut revenir à l’imagination : « l’imagination est peut-être sur le point de reprendre ses droits. Si les profondeurs de notre esprit recèlent d’étranges forces capables d’augmenter celles de la surface, ou de lutter victorieusement contre elles, il y a intérêt à les capter, à les capter d’abord, pour les soumettre ensuite… ». Il écrit encore « Je crois à la résolution future de ces deux états, en apparence si contradictoires, que sont le rêve et la réalité, en une sorte de réalité absolue, de surréalité, si l’on peut ainsi dire. C’est à sa conquête que je vais… ». Selon Breton, « Le langage a été donné à l’homme pour qu’il en fasse un usage surréaliste »


Le Sommeil, Dali (1937)

Des rêves collectifs 

Dans un autre numéro de Littérature, Breton signa un article intitulé « La Sortie du médium ». Séances de spiritisme, écriture automatique, et interprétation des rêves : le groupe des artistes gravitant autour de Breton raffole des jeux de mots et s’intéresse aux liens télépathiques secrets entre Duchamp  aux Etats-Unis et le jeune poète Desnos à Paris. Fin 1922, selon Aragon « une épidémie du sommeil s’abattit sur les surréaliste…ils sont sept ou huit qui ne vivent plus que pour ces instants d’oubli, où, les lumières éteintes, ils parlent sans conscience, comme des noyés en plein air… ». Cette  période qu’on a appelé plus tard l’ «Epoque des sommeils » fut marquée par une mode de « parler ses rêves, même s’il ne fallait pas dormir pour cela ! Breton, Eluard, Soupault ainsi que De Chirico entourent Desnos lors d’une séance d’écriture automatique. Pratique collective, tous écoutent cette parole des profondeurs, « tout l’au-delà de cette vie » d’après Breton lui-même semblant méditer  les énigmes de l’inconscient. L'inconscient est ici utilisé comme moteur de création permettant d'introduire des éléments surréels au réel. Pour le révéler, ils se servent de l'hypnose et de la préparation au sommeil. D'autres méthodes permettant la création artistique en faisant appel à l'inconscient utilisé par les surréalistes sont crées :
  • les jeux de définition : Choc entre les mots lorsqu'une personne pose une question commençant par  '' Qu'est-ce que '' et qu'une autre personne répond sans connaître la question.
  •  l'expérience des sommeils : Méthode consistant à utiliser le moment où le dormeur glisse dans le sommeil afin d'obtenir une pensée parlée sous l'état d'hypnose.

Séance de rêve éveillé: Groupe surréaliste, Man Ray (1924)

Les rapports du rêve chez les plasticiens du surréalisme

 L’écriture automatique et l’intérêt pour le rêve se sont appliqués initialement à la littérature. Mais les plasticiens adeptes du surréalisme cherchèrent chacun de leur côté une manière indépendante mais parallèle.


Femme couchée qui rêve, Alberto Giacometti (1929)

En 1924, dans Introduction au discours sur le peu de réalité, André Breton a l'idée de "certains de ces objets qu'on n'approche qu'en rêve et qui paraissent aussi peu défendables sous le rapport de l'utilité que sous celui de l'agrément". Marcel Duchamp avait déjà inventé le ready-made en 1913 et Picasso utilisait des objets du quotidien pour apporter du réalisme à ses œuvres, mais l'objet surréaliste sont de véritables matérialisations des rêves.  Ainsi Breton rêve d'un livre : "Le dos de ce livre était constitué par un gnome de bois dont la barbe blanche, taillée à l’assyrienne, descendait jusqu’aux pieds. L’épaisseur de la statuette était normale et n’empêchait en rien, cependant, de tourner les pages du livre, qui étaient de grosse laine noire. Je m’étais empressé de l’acquérir et, en m’éveillant, j’ai regretté de ne pas le trouver près de moi. Il serait relativement facile de le reconstituer. J’aimerais mettre en circulation quelques objets de cet ordre, dont le sort me paraît éminemment problématique et troublant." En 1931, pour la revue Le Surréalisme au service de la révolution, Dalí déclarait : "ces objets, qui se prêtent à un minimum de fonctionnement mécanique, sont basés sur les fantasmes et représentations susceptibles d’être provoqués par la réalisation d’actes inconscients." La plasticienne Meret Oppenheim réalise des objets inattendu inspirés par ses rêves : depuis son enfance son père, médecin fortement intéressé par les travaux de Carl Gustav Jung, l'incite à noter ses rêves.



Le Déjeuner en fourrure, Meret Oppenheim (1936), Loup-table, Victor Brauner (1939-1947) et Objet Indestructible, Man Ray (1923-1933)


Au printemps 1919, Miro se rendit pour la première fois à Paris. Il s’installa avec Masson en 1920, rue Blomet qui devint un lieu de rencontre des surréalistes.  En 1924, quand fut publié le Manifeste, il participait aux réunions du groupe et ses œuvres étaient publiées dans la revue La Révolution surréaliste créé la même année. En 1925-1926, il travailla sous l’influence de l’écriture automatique. Il peignait en extase, comme en état d’hypnose ou de rêve : « Je travaille dans un état de passion et d’emportement, disait-il. Quand je commence une toile, j’obéis à une impulsion physique, au besoin de me lancer ; c’est comme une décharge physique ». Il peignit en 1924 Le Carnaval d’Arlequin. Max Ernst raconta qu’il vit un jour dans l’atelier de Miro une énorme toile sur un chevalet. Il y avait au centre une magnifique tache, d’un bleu aveuglant et autour, telle une couronne serpentait une inscription écrite de la main de Miro : « Ceci est la couleur de mon rêve ».
Miro raconte encore : « à partir de 1925, je ne dessinais pratiquement plus que d’après des hallucinations. A l’époque, je vivais de quelques figues séchées par jour. J’étais trop fier pour demander de l’aide à mes collègues. La faim était une des meilleures façons de les provoquer. Je restais assis de longs moments à regarder les murs de mon atelier et j’essayais de capter ces formes sur du papier ou de la toile de jute. »


Le Carnaval d’Arlequin, Joan Miro (1924-1925)

En 1924, dès la formation officielle du groupe surréaliste, Masson fit son entrée. Il adopta la méthode de Breton. « La tentation fut grande alors d’essayer d’opérer magiquement sur les choses et d’abord sur nous-mêmes. L’entraînement était tel que nous n’y devions résister : ce fut, dès la fin de l’hiver 1924, l’abandon frénétique à l’automatisme. » Ses dessins automatiques firent grande impression sur le groupe et la revue La Révolution surréaliste en publia régulièrement. Les lignes étaient nerveuses, enchevêtrées et l’œil discerne des figures ou des objets évoqués sans jamais être définis.

Dessin automatique, André Masson (1925-1926)

Salvador Dali s’attacha à appliquer les théories freudiennes à sa peinture. Cependant il remplaça sa méthode paranoïaque-critique à l’automatisme d’André Breton. Le paranoïaque ne perd pas sa lucidité, et la maladie peut s’accompagner d’hallucinations et de visions, états intéressants pour les surréalistes : "Toute la journée assis devant mon chevalet, je fixais ma toile comme un médium pour en voir surgir les éléments de ma propre imagination. Quand les images se situaient très exactement dans le tableau, je les peignais à chaud immédiatement" raconte le peintre dans Ma Vie secrète.


Le Rêve, Salvador Dalí (1931)


Avant de rejoindre les Surréalistes, Max Ernst fréquente Dada où il s'illustre déjà comme un artiste habité par le monde onirique. De ses étranges collages à ses paysages cauchemardesques, Ernst tire son inspiration de ses rêves et de souvenirs enfantins, "partant d'un souvenir d'enfance au cours duquel un panneau d'acajou, situé en face de mon lit, avait joué le rôle de provocateur optique d'une vision de demi-sommeil et me trouvant, par un temps de pluie, dans une auberge au bord de la mer je fus frappé par l'obsession qu'exerçait sur mon regard irrité le plancher dont mille lavages avaient accentué les rainures" raconte-t-il dans Comment on force l'inspiration. En 1924 il réalise Deux Enfants sont menacés par un Rossignol. A ceux qui contesteraient la dangerosité du rossignol, le peintre répond en 1934 : "Mais c'est du passé, il me semble. Peut-être... A cette époque passé les rossignols ne croyaient pas en Dieu : ils étaient liés d'amitié avec le mystère. Et l'homme, dans quelle position se trouvait-il ? L'homme et le rossignol se trouvaient dans la position la plus favorable pour manger : ils avaient, dans la forêt, un parfait conducteur du rêve.
Qu'est-ce que le rêve ? Vous m'en demandez trop : c'est une femme qui abat un arbre."


Deux Enfants sont menacés par un Rossignol, Max Ernst (1924)

Des femmes surréalistes

Ce groupe d'artistes développent aussi l'idée d'une femme “initiatrice”, “médium entre l'homme et le monde” qui ouvre à l'homme les portes du surréel. Elle possède plusieurs facettes qui mènent à l'amour « sorte d'incarnation des rêves » correspondant à l'idée que la femme aimée est « un rêve qui s'est fait chair » (Dali). La femme est l'Amour, idéal et recherché par les surréalistes. En effet, il permet la libération du désir et de l'inconscient. Nous noterons que, par ailleurs, de nombreuses femmes entourent les surréalistes soit comme muses (Elena Diakonova dite Gala première femme de Paul Eluard puis objet de tous les cultes pour Dali, Nusch Eluard seconde épouse de Paul Eluard, Kiki de Montparnasse compagne de Man Ray et modèle plantureux de l'après guerre, Nancy Cunard auteure auparavant muse des dadaïstes) soit comme artistes à part entière (Remedios Varo Uranga, Leonor Fini, Dorothea Tanning, Kay Sage, Eileen Agar, Leonora Carrington, Frida Kahlo, Meret Oppenheim, Alice Rahon, Dora Maar ).

Femme endormie, Man Ray (1929)

Exemple de l'utilisation du rêve dans le Surréalisme : Les espaces du sommeil, “A la mystérieuse”,Robert Desnos (1926)

Dans la nuit il y a naturellement les sept merveilles
du monde et la grandeur et le tragique et le charme.
Les forêts s’y heurtent confusément avec des créatures de légende
cachées dans les fourrés.
Il y a toi.
Dans la nuit il y a le pas du promeneur et celui de l’assassin
et celui du sergent de ville et la lumière du réverbère
et celle de la lanterne du chiffonnier.
Il y a toi.
Dans la nuit passent les trains et les bateaux et le mirage des pays
où il fait jour. Les derniers souffles du crépuscule
et les premiers frissons de l’aube.
Il y a toi.
Un air de piano, un éclat de voix.
Une porte claque. Une horloge.
Et pas seulement les êtres et les choses et les bruits matériels.
Mais encore moi qui me poursuis ou sans cesse me dépasse.
Il y a toi l’immolée, toi que j’attends.
Parfois d’étranges figures naissent à l’instant du sommeil et disparaissent.
Quand je ferme les yeux, des floraisons phosphorescentes apparaissent
et se fanent et renaissent comme des feux d’artifice charnus.
Des pays inconnus que je parcours en compagnie de créatures.
Il y a toi sans doute, ô belle et discrète espionne.
Et l’âme palpable de l’étendue.
Et les parfums du ciel et des étoiles et le chant du coq d’il y a 2 000 ans
et le cri du paon dans des parcs en flamme et des baisers.
Des mains qui se serrent sinistrement dans une lumière blafarde
et des essieux qui grincent sur des routes médusantes.
Il y a toi sans doute que je ne connais pas, que je connais au contraire.
Mais qui, présente dans mes rêves, t’obstines à s’y laisser deviner sans y paraître.
Toi qui restes insaisissable dans la réalité et dans le rêve.
Toi qui m’appartiens de par ma volonté de te posséder en illusion
mais qui n’approches ton visage du mien que mes yeux clos
aussi bien au rêve qu’à la réalité.
Toi qu’en dépit d’un rhétorique facile où le flot meurt sur les plages,
où la corneille vole dans des usines en ruines,
où le bois pourrit en craquant sous un soleil de plomb,
Toi qui es à la base de mes rêves et qui secoues mon esprit plein de métamorphoses
et qui me laisses ton gant quand je baise ta main.
Dans la nuit, il y a les étoiles et le mouvement ténébreux de la mer,
des fleuves, des forêts, des villes, des herbes,
des poumons de millions et millions d’êtres.
Dans la nuit il y a les merveilles du monde.
Dans la nuit il n’y a pas d’anges gardiens mais il y a le sommeil.
Dans la nuit il y a toi.
Dans le jour aussi.

Nous avons ici un poème en vers qui a pour thème la nuit comme le montre l'anaphore de « Dans la nuit » et les expressions comme « l'instant du sommeil » ou « la base de mes rêves ». De plus, des indicateurs de temps comme « les derniers souffles du crépuscule », « les premiers frissons de l'aube », nous indique que le sujet à pour sujet la vie nocturne. Desnos nous offre aussi une description révélant l'aspect nébuleux « des floraisons phosphorescentes apparaissent et se fanent »; « lumière blafarde », mystérieux « d'étranges figures », et fantastique « créatures », de nuit et de ses activités nocturnes. Dans la deuxième moitié du poème le mot « rêve » est employé à plusieurs reprises: « présentes dans mes rêves », ou, « Toi qui es la base de mes rêves ». Alors, nous comprenons qu'il s'agit de la description d'images oniriques. Nous remarquons aussi que les procédés d'écritures utilisés montrent bien que l'auteur à écrit ce poème dans le contexte d'une expérience des sommeils: les phrases sont essentiellement courtes et imagées, les idées et sujets s'entrechoquent, des répétitions sont présentes et plusieurs fantasmes sont explicités.

Points communs et différences de la fonction et de l’usage du rêve dans ces 2 mouvements : exemple pictural

Nous vous proposons de mettre en parallèle le Cauchemar du romantique Füssli et Rêve causé par le vol d’une abeille autour d’une grenade, une seconde avant l’éveil de Dali vu précédemment.

Tout d’abord, ces deux tableaux qui ont pour sujet le rêve, ont une apparence similaire. Le premier plan est occupé par une femme allongée, visiblement endormie et sans défense. La blancheur de leur corps (l’une par sa robe, l’autre par sa nudité) nous laisse penser que ces femmes sont pures. A l’inverse, le second plan présente des créatures fantasmagoriques, probablement la représentation des rêves de ces jeunes personnes. Les rêveuses sont en position de victimes et elles sont attaquées par les différents monstres : le combat est inégal. Dans ces deux tableaux, la femme est la ligne de démarcation entre le sol, le bas du tableau, qui est le monde réel, et l’espace occupé par les apparitions, le haut du tableau représentant le monde onirique. Malgré un contact direct des corps avec leurs visions rêvées (le monstre assit sur le ventre de la dormeuse pour Füssli, et la baïonnette enfoncée dans le bras pour Dali), un appui au sol (une main chez Füssli, et les jambes chez Dali) prouve au spectateur que ce n’est qu’un rêve.

Le Cauchemar (première version actuellement conservée à Detroit), Johann Hainrich Füssli (1781)
Le Cauchemar
Cette toile aurait été peinte à la suite du refus du père de Anna Landolt, amante de Füssli, de marier sa fille au peintre –un portrait inachevé de la jeune fille figure par ailleurs au dos. C’est une représentation des sentiments qui animent l’artiste : le thème est à la fois personnel et universel. La jeune femme en position de faiblesse, la folie de ses tortionnaires et le désespoir émané de la scène indique évidemment l’appartenance de son tableau au mouvement romantique. Contrairement à Dalí, Füssli réalise une œuvre picturale compréhensible au premier regard : les symboles sont ici transparents, le sujet est parlant. Le cheval fou est un évoque la nuit dangereuse : il serait le cheval monté par la mort dans les légendes à moins qu’il ne s’agisse d’un jeu de mot basé sur l’anglais entre « nightmare » (le cauchemar) et « mare » (la jument). Le démon serait soit un envoyé du diable soit un incube (démon masculin prenant corps pour violer une femme dans son sommeil). Cependant le peintre ne s’exprimera jamais sur son tableau ou une quelconque signification.

Rêve causé par le vol d’une abeille autour d’une grande, une seconde avant l’éveil, Salvador Dalì (1944)

Rêve causé par le vol d’une abeille autour d’une grande, une seconde avant l’éveil

Ce tableau représente Gala, femme du peintre, en pleine activité onirique. C’est l’illustration de la théorie freudienne selon laquelle le rêve transforme des éléments extérieurs perturbant le rêveur et les amplifie. Ainsi, la crainte de Gala, d’être victime d’une piqure générée par le bourdonnement de l’abeille autour de la grenade à ses côtés, est reproduit dans son rêve. En effet, l’accumulation d’éléments de plus en plus agressifs traduit la menace qui pèse sur la femme : de la grenade sort un dangereux poisson (une rascasse), d’où surgit un tigre puis un deuxième suivit d’un fusil à baillonette piquant le bras de la rêveuse. Les éléments irréels semblent tous flotter, ce qui rappelle que le sujet de cette œuvre est le rêve. Nous remarquons que la baillonette représente le dard, et les tigres le corps de l’abeille notamment par leurs rayures communes. L’abeille qui est dans la réalité un danger minime et présenté comme une attaque sauvage. La présence d’un éléphant -animal imposant et lourd- représenté sur des fines pates d’insecte et se confondant avec le ciel crée un paradoxe et renforce l’idée d’onirisme : l’éléphant, les pattes clouées au sol, s’élève vers le ciel. C’est une représentation de l’homme restant attaché à la terre mais qui cherchent à se surpasser. Cet élément est à mettre en parallèle avec le corps de la femme dont le corps est à la fois posé sur la roche et s’élevant dans ses songes. Le bleu du ciel et le bleu de la mer sont séparés par les premiers rayons du soleil qui réveilleront la jeune femme endormie ainsi que le suggère la partie du titre « une seconde avant l’éveil ». L'évolution logique du rêve est bien-sûr à mettre en parallèle avec le travail de Grandville sur le rêve (voir Métamorphose du sommeil et Promenade dans le ciel de Grandville dans l'article le Romantisme et le rêve)

Conclusion

Le romantisme s’inscrit dans une période marquée par le début d’une réflexion sur le rêve. Ce mouvement artistique est précurseur de l’utilisation du rêve comme source d’inspiration. Les œuvres qui en découlent sont associées à un questionnement sur la véracité des visions oniriques. Les surréalistes ayant connaissance du travail romantique et de son évolution cherchent à se surpasser en passant par l’inconscient. Le rêve est alors le meilleur outil permettant d’y accéder.
En parallèle des premières recherches scientifiques sur l’inconscient -et donc sur le rêve- se développe chez les romantiques des interrogations concernant l’activité onirique. Ils seront les premiers à revendiquer le songe comme inspiration et à utiliser le mot « rêve ». Il s’agit ici d’un monde parallèle au monde réel, sorte de miroir déformé qui permet l’accomplissement de tous les désirs romantiques. Le monde du rêve est un substitut, une alternative, au monde où ils se sentent persécutés, rejetés. Cependant, les romantiques se doutent que le rêve n’est pas que fantastique mais fondé sur des bases psychologiques : c’est la prise de conscience d’un phénomène scientifique quoique encore mal compris.
Pour les surréalistes, l’art produit d’après leur activité onirique n’est plus caractérisé par la recherche du beau mais du « vrai ». Selon leurs dires, le rêve est l’exacte réalité, un double du monde plus lucide. Leur défi est donc d’accéder à l’inconscient et de le retranscrire. L’influence surréaliste en matière de rêve provient de leur connaissance et admiration des travaux de Freud. Leur interprétation relève de l’absurde mais leur démarche se veut rationnelle : le surréalisme présente ses productions comme "résultats scientifiques".     
Pour finir, laissons la parole à André Breton : "Il sera vain, jusqu'à nouvel ordre, de parler en terme de raison. Il s'agit de la reprise systématique de la quête que le XIXe siècle a fait passer par delà toutes les autres préoccupations dites poétiques à partir de Novalis et de Höderlin pour l'Allemagne, de Blake et de Coleridge pour l'Angleterre, de Nerval et de Baudelaire pour la France, et qui devait prendre un caractère véritablement sommatoire avec Mallarmé, à coup sur avec Lautréamont et Rimbaud. Les passions, à ce propos, n'ont pas fini de se déchaîner. Il est fatal que l'ambition -on a dit depuis lors prométhéenne- des poètes que je viens de citer, de forcer les portes du mystère et résolument d'avancer en terre inconnue en dépit de tous les interdits, porte le plus grand ombrage à tous ceux qui se sont confortablement retranchés derrière des barrières existantes et l'on sait que ces derniers sont légion. Leur fureur s’accroît aujourd'hui du fait qu'ils ne peuvent arrêter l'histoire des idées, que la rétrogradation à cet égard est aussi impossible qu'à tout autre. Rien ne peut faire que l'activité poétique, depuis plus d'un siècle aiguillée puis vraiment tendue vers la récupération des pouvoirs originels de l’esprit, consente à reprendre un rang subalterne..." (Entretiens, 1913-1952)

Dans la continuité de l'utilisation du rêve dans la création artistique, le cinéma s'est fait -depuis son origine et plus encore du milieu du XXe siècle à nos jours- le terrain propice pour développer l'univers onirique. Le cinéma permet jeux de mise en scène visuels (filtres, surimpressions, raccords, effets spéciaux, accélérations ou ralentis, inserts) et auditifs. De La Maison du docteur Edwardes d'Hitchcock (Spellbound, 1945) dont la scène de rêve avait été créée par Salvador Dali au récent Inception de Christopher Nolan (2010), le thème du rêve a été largement exploré par de nombreux réalisateurs. Parmi eux, se distingue David Lynch pour qui "tout les films sont des rêves, mais certains un peu plus que d'autres" et dont les films sont marqués par une facture proche du surréalisme, les songes et fantasmes se confondent au réel : la matière se transforme, le temps se dérobe, les jeux de miroirs sont constants.
Il est intéressant de comparer les séquences rêvées des films suivant (EraserheadTwin Peaks et Lost Highway) avec le film Rêves à vendre (Dreams that money can buy) film de Hans Richter racontant l'histoire d'un homme qui vend des rêves sur mesures à ses clients et auquel ont collaboré les artistes réfugiés aux Etat-Unis : Max Ernst, Marcel Duchamp, Man Ray, Alexander Calder, Darius Milhaud et Fernand Léger.



Dreams that money can buy, Hans Richter avec Max Ernst, Marcel Duchamp, Man Ray, Alexander Calder, Darius Milhaud et Fernand Léger (1947)

Eraserhead, David Lynch (1977)

Twin Peaks, David Lynch (1990-1991)

Lost Highway, David Lynch (1997)

Annexe 2 : Notes biographiques périodes dadaïste et surréaliste : André, Louis, Philippe et les autres...

APOLLINAIRE Guillaume (1880-1918) Écrivain français, il est l’auteur de l’adjectif « surréaliste » apparaissant notamment dans la préface de sa pièce Les Mamelles de Tirésias (1917). Ses rencontres féminines rythment sa vie et ses écrits. Alcools (1913) et Calligrammes (1918) par l’invention de formes nouvelles et d’images insolites bouleversent la poésie.

ARAGON  Louis  (1897-1982) Écrivain français, il est un des fondateurs, avec Breton et Soupault, de la revue Littérature en 1919 puis du mouvement surréaliste. Le Paysan de Paris paru en 1925 est une des œuvres majeures du surréalisme.

BRETON  André (1896-1966) Écrivain et théoricien du surréalisme. Il correspond durant la guerre avec Apollinaire qui lui fait rencontrer Ph. Soupault. Avec ce dernier il publie en 1919 Les Champs magnétiques.  Après avoir quitté l’aventure dadaïste en 1922,  Breton et ses amis - le surréalisme se revendiquant mouvement collectif -expérimentent  le sommeil hypnotique. S’y greffent l’exploration du subconscient et la recherche de nouveaux langages, reconnaissant dans le rêve et dans l’écriture automatique les moyens d’accès à un surréel libéré de toute logique et riche d’une vraie poésie et d’un humour insolite. Il est l’auteur des deux Manifestes du surréalisme de 1924 et 1930 ainsi que de Nadja (1928), Les Vases communicants (1932) et L’Amour fou (1937). Il continuera de défendre un surréalisme doctrinal jusqu’à la fin de sa vie.

BUÑUEL  Luis (1900-1983) Cinéaste espagnol, il rencontre les surréalistes à Paris en 1929. Il est LE cinéaste du mouvement avec Un chien andalou (1928) et l’Age d’or (1930).

CALDER Alexander (1898-1976) Sculpteur, dessinateur et peintre américain. Après la réalisation d'un cirque bricolé avec des matériaux de récupération et des figures en fils de fer, Calder réalise des sculptures aux formes géométriques abstraites inspirées de Mirò, qu'il transforme en mobilesfaisant appel "aux pures joies de l'équilibre" (A. Breton)

CHAR  René (1907-1988) Écrivain français, il apparaît dans le groupe en 1929 et publie Ralentir travaux  (1930) en collaboration avec Breton et Eluard puis s’éloigne du mouvement en 1934.

DALI  Salvador (1904-1989) Peintre d’origine espagnole. A Madrid, il collabore avec Luis Buñuel  à Un chien andalou (1928) et à L’Age d’or (1930). Il approche les surréalistes parisiens en 1928. Sa théorie de la paranoïa critique intéresse Breton, puis son goût de la provocation finit par le lasser.

DE CHIRICO Giorgio (1888-1978) Peintre et écrivain italien. Il produit de 1912 à 1919 (période dite des "arcades", des "mannequins" et des" intérieurs métaphysiques") des séries s'éloignant des innovations plastiques de l'époque. Il est fidèle à l'espace scénographique de la Renaissance, tout en y introduisant des perspectives forcées des ombres illogiques qui contredisent la réalité quotidienne et  en assemblant de façon irrationnelle objets et figures déshumanisée. Breton note que : "l'objet n'est plus retenu qu'en fonction de sa vie symbolique." Ce fut une révélation pour les Surréaliste qui imitèrent sa techniques descriptive réaliste.

DELVAUX Paul (1897-1994) Peintre, dessinateur et graveur belge. Il eut une révélation en découvrant Magritte et De Chirico et représenta de façon obsessionnelle des femmes fantasmées dans des décors oniriques, érotiques, fantastiques, néo-classiques et mystérieux.

DESNOS  Robert (1900-1945) Écrivain très proche de Breton. Participe au groupe jusqu’en 1928 notamment aux séances d’hypnose. Son recueil Rrose Sélavy (1922-1923) - pseudonyme qu’il emprunte à Duchamp - témoigne de sa fantaisie et de son invention poétique. Il est exclu par Breton dans le Manifeste de 1930 en raison de ses activités de journaliste et scénariste.

DUCHAMP  Marcel (1887-1968) Peintre et plasticien français. A partir de 1914, il invente le ready-made -« objet manufacturé promu à la dignité d’objet d’art » selon Breton - qui remet en question, de par sa nature, les fins et les moyens de l’art. Entre autres, un urinoir baptisé Fontaine et signé R. Mutt (1917) à l’exposition des Artistes indépendants de new York de 1917.  Il collabore à la revue surréaliste VVV fondée à New York en 1942.

ELUARD  Paul (1895-1952) Poète français. Dadaïste, il suit Breton et Aragon. Ses premières œuvres célèbrent son épouse Gala : Capitale de la douleur (1926), L’Amour, la poésie (1929). Par la suite, son engagement communiste l’éloigne de Breton avec qui rompt en 1938.

ERNST  Max (1891-1976) Peintre et sculpteur d’origine allemande. Membre du mouvement Dada de Cologne, il  est invité par Breton à participer à la création du surréalisme en 1921. Il met au point la technique du frottage (1925). Il est exclu du mouvement en 1954 pour avoir accepter le Grand Prix de peinture de la Biennale de Venise.

GIACOMETTI Alberto (1901-1966) Sculpteur, dessinateur et peintre suisse. Connu pour ses interprétations très stylisées des formes humaines influencées par l'art primitif puis pour ses œuvres symboliques inspirées par les travaux de ses fréquentations surréalistes.

GRACQ Louis Poirier dit Julien (1910- ) Ecrivain révélant son penchant pour les romantiques et les surréalistes dans Préférences (1961).

MAGRITTE  René  (1898-1967) Peintre belge. Fondateur du groupe surréaliste belge. A Paris de 1927 à 1930 il est en contact avec Aragon et ses amis. Puis ses liens avec Breton se distendent peu à peu.

MANDIARGUES  André Pieyre de (1909-1991) Ecrivain surréaliste, auteur de poèmes, romans et pièces de théâtre.

KIKI DE MONTPARNASSE (1901-1953) Notamment modèle. Compagne de Man Ray, il lui fait rencontrer les dadas et les surréalistes. Elle est la « Reine de Montparnasse »

MASSON  André (1896-1987) Peintre, il rejoint les surréalistes en 1924 mais il est exclu dès le Second manifeste de 1930. Il rompra définitivement en 1943, son œuvre restant malgré tout associée  à ce mouvement.

OPPENHEIM Meret (1913-1985) Peintre, plasticienne et auteure suisse. A dix-neuf ans, elle arrive à Paris où elle veut devenir artiste. Rapidement elle est repéré par le groupe surréaliste pour qui elle devient un sujet, une muse puis une artiste à part entière. Elle crée alors une série d'objets et de bijoux, faits de matériaux divers et de fourrure. Toutefois si les Surréalistes sont les premiers à reconnaitre sont talent, elle se sépare d'eux, ne trouvant plus la place de s'exprimer. En continue cependant à créer des œuvres placées sous le signe de l'inconscient et du rêve.

PERET  Benjamin (1899-1959) Écrivain, il est un pivot du surréalisme. Grâce à son aptitude à s’endormir dans l’instant et à parler en dormant, il participe aux expériences sur le sommeil. Auteur du Passager du transatlantique (1921), Dormir, dormir dans les pierres (1927)

PREVERT Jacques (1900-1977) Il commence sa carrière dans le groupe surréaliste après avoir rencontré Breton en 1925 mais rompt en 1930 en signant Un Cadavre, pamphlet collectif contre Breton jugé trop despotique.

QUENEAU Raymond  (1903-1976) Romancier et poète, il rejoint le mouvement surréaliste qu’il quittera en 1942. Il est un des fondateurs de l’Oulipo.

RAY Emmanuel Radinsky, dit Man (1890-1976) Photographe d’origine américaine, il rencontre Duchamp à New York en 1915. En 1921, il arrive à Paris et se rapproche de dada puis du surréalisme. Il sera LE photographe -presque officiel -du mouvement. Il invente la rayographie puis la solarisation.

SOUPAULT  Philippe (1897-1990) Écrivain. Dadaïste, il suit André Breton et Aragon en1920. Il publie avec  Breton Les Champs magnétiques en 1920, suite de textes obtenus par l’écriture automatique qui marque une étape important dans la poésie contemporaine. Devenu journaliste et romancier, il est exclu du mouvement en 1926.

TANGUY Yves (1900-1955) Peintre et dessinateur français. Il eut une une révélation en découvrant les oeuvres surréalistes, en particulier De Chirico, et commença à peindre en expérimentant des procédés automatiques. Il élabora par la suite un style personnel , imaginant des paysages en trompe-l'oeil à l'apparence visqueuse. Le paysage chez Tanguy est décrit par Breton comme "non plus physiques mais mental".

TZARA Tristan (1896-1963) Écrivain d’origine roumaine,  initiateur en 1916 du mouvement dada à Zurich, en réaction violente à la Guerre de 1914-1918 qu’il juge inutile et dévastatrice, il associe révolte poétique et révolution sociale. Emprunt de nihilisme, dada est déterminé à détruire les valeurs esthétiques, morales, philosophiques et religieuses sur lesquelles repose le monde Occidental. A partir de 1921 à Paris, Tzara et ses amis, Breton, Eluard, Soupault, Péret,  organisent des soirées littéraires et artistiques qui font scandale et où l’absurde répond à l’incohérence du monde. Le nom de « dada » viendrait d’un dictionnaire ouvert au hasard. Confiants dans le rôle du hasard et de l’inconscient, leur quête de l’authenticité et de la liberté absolue, résurgence du romantisme le plus exacerbé, se retrouve au cœur des aspirations du mouvement surréaliste mené ensuite par André Breton.

COMPLÉMENTS :

FREUD  Sigmund (1856-1939) Neurologue et psychiatre autrichien, il créa une méthode originale d’exploration de l’inconscient. Il substitue à l’hypnose la technique psycho-analytique dès 1895 grâce à la libre association des images, souvenirs, idées… Cette technique permet de décrypter les significations  inconscientes  de conduites non liées à la logique du conscient, de dévoiler dans les rêves - « voie royale qui conduit à l’inconscient »-, les actes manqués ou les symptômes névrotiques, ainsi que les substituts symboliques de désirs refoulés sous les pressions sociales ou morales. Il est notamment l’auteur de L’Interprétation des rêves (1899-1900), Introduction à la psychanalyse (1916).

HEISENBERG  Werner (1901-1976) Physicien allemand, auteur de postulats de la mécanique quantique.

JUNG Carl Gustav (1875-1961) Psychiatre et psychologue suisse. Dans un premier temps ami et disciple de Freud, il s'en sépara en 1913. Sa théorie est celle d'un inconscient collectif structuré par des "archétypes" s'exprimant dans les œuvres symboliques collectives(religion, contes, mythes et légendes), l'art, les rêves individuels et les symptômes névrotiques.

Bibliographie

Ouvrage imprimé :
BEGUIN, Albert.- L'âme Romantique et le rêve  « Essai sur le romantisme allemand et la poésie française ».- Librairie José Corti Paris - Imprimé à Rennes.- Ed. Rien de commun.- 416 pages

BRODSKAIA, Nathalia.- Le Surréalisme, genèse d'une révolution -Temporis collection. -New York : Parkstone Press Ltd, 2009. - 256 pages
DELEROY, Robert L. - Le symbolisme. - Genève : Skira, 1982. – 219 pages
GAUTIER, Théophile.- Récits fantastiques Texte intégral « La Cafetière ».- GF.Flammarion.- Imprimeur : Maury Eurolines, France. - 474 pages (texte intégral) - "Cafetière" pages 56 à 64
GENGEMBRE, Gérard.- Le romantisme - Thèmes & Etudes.- Collection dirigée par Bernard Valette - Aubin Imprimeur : France. - 120 pages

GROUIX, Pierre. -Le surréalisme - Réseau.- Paris : Ellipses Edition, 2002. -128 pages
GRUNBERGER, Bela et CHASSEGUET-SMIRGEL, Janine.- Les grandes découvertes de la psychanalyse.-  LES RÊVES voie royale de l'inconscient .- Edition TCHOU - Imprimé par Maury-Imprimeur : Malesherbes.- 318 pages
HANSEN-LOVE, Laurence.- Philosophie Terminal L. - In DELATTRE, Michel, DEMONQUE, Chantal, KAHN, Pierre [et al.] .- “La souveraineté de la conscience” p.40.41.42.43.- “Le plaisir esthétique” pages 142.143.- Hatier: août 2001, Paris.- 591 pages
HUBERT, Jocelyne.- Le Romantisme « Un mouvement littéraire et culturel du XIXème siècle ».- Bac français Totem - Magnard - Aubin Imprimeur : mars 2003, France. - 175 pages
MILNER, Max.- Freud et l'interprétation de la littérature .- Sedes Paris : société d'édition d'enseignement supérieur.- 328 pages
NADEAU, Maurice.- Histoire du surréalisme - Points Littéraire Vol. 1.- Texte intégral - Edition du Seuil - Imprimé à Paris, France.- 190 pages
PICHLER, Cathrin. –« Freud et l’Esquisse d’une psychologie scientifique ». –In CLAIR, Jean [et al.]. –L’âme au corps.-Paris : RMN Réunion des Musées Nationaux, 1993. - pages 506 à 513.
RISPAIL, Jean-Luc.- Les Surréalistes, Une génération entre le rêve et l'action .- Découvertes Gallimard 199.- 208 pages
SHEON, Aaron. - « Courbet, le réalisme français et la découverte de l’inconscient ». - In CLAIR, Jean [et al.]. -L’âme au corps.-Paris : RMN Réunion des Musées Nationaux, 1993. - pages 280 à 301.
Revues:

LECARPENTIER, Marc (Directeur de la publication).- Sous le signe du rêve : la révolution surréaliste .- Paris : Télérama hors série, 2002.

Pages Internet:

LEUDET Marie-Françoise : Formatrice à l'IUFM (Lycée Michelet - Arpagon) et certifiée de lettres classiques. - www.lettresvolées.fr.-  « Écrit d'Eluard sur le rêve » 10 novembre 2013 - dossier PDF.

Articles d'encyclopédie :


GREGORY, Claude : directeur général de la publication. - Encyclopédie Universalis : France, 1980. - Vol. 14. - Article : Rêve. - pages 191 à 194.- Article : Romantisme. - pages 364 à 379.- Vol. 15 .- Article : Surréalisme. - pages 575 à 578. - Article : Surréalisme et Art. - pages 578 à 583.